Motherfucker !

 

 

Avec Motherfucker, Sylvain Ricard propose au lecteur une – éprouvante – plongée dans la société américaine des années 60. Vermont Washington, membre du mouvement révolutionnaire afro-américain des Black Panthers, sert ici de guide ; le « ten point plan » du mouvement rythme l’album.

C’est toute une société qui se trouve dépeinte à travers le quotidien de Vermont, un quotidien marqué par une violence aussi insupportable qu’ordinaire ; une ségrégation présente en tous lieux. Les portes des écoles ne lui font d’ailleurs aucunement barrage. On découvre ainsi une classe où les élèves noirs ont l’obligation de rester au fond de la classe, où les élèves blancs se déguisent en membres du klu klux klan, cherchant à passer des ficelles autour des cous de leurs camarades noirs afin des les attacher aux arbres.

Il y a ceux qui se battent, comme Vermont, mais aussi ceux qui se plient.  « Bosse d’abord. Ta révolution, tu la feras plus tard » lui intime ainsi son père. Mais non. Hors de question, pour Vermont, de vendre des hot dogs pour un dollar, quand les blancs le font pour trois dollars. Une opposition qu’il faut payer. Voilà Vermont chassé de chez son père ; chassé avec son épouse et sa fille de quatre ans. Il y a aussi ceux qui ne comprennent pas tout ce qui se passe. Les mots de la petite Abigail touchent à la fois par leur naïveté et par leur force : « Grand-père dit toujours que papa est rouge, papa lui répond que lui, il est trop blanc, alors que tous les deux ils sont noirs ! » Enfin, il y a l’ami blanc, celui qui cherche l’apaisement, celui qui s’entend pourtant dire : « Va falloir que tu choisisses ton camp, Pete (…) Va falloir choisir le nègre ou tes copains ».

Aujourd’hui encore, voir toute cette violence, lire toute cette haine, bouleverse. La force de cette bande dessinée tient à ce qui est raconté, à la façon dont Sylvain Ricard le raconte – sans pathos, sans fioritures -, mais aussi au dessin en noir et blanc de Guillaume Martinez, à la qualité, à la précision du trait. Sombre, incisif, mais surtout efficace.

Une bande dessinée impeccablement menée ; dure et nécessaire.

 

Motherfucker

De Sylvain Ricard et Guillaume Martinez

Chez Futuropolis

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Il se passe tant de choses… En silence

 

 

Il y a la curiosité première, celle que suscitent couleurs (quelles couleurs !) et graphismes ; Audrey Spiry ose, imprime d’emblée sa marque, son style. Puis la curiosité laisse place à quelque chose de plus fort. Le sentiment d’avoir entre les mains un album d’une bien plus grande force qu’il n’y paraît. Il y a le postulat de départ : Juliette et Luis partent – aux côtés d’un moniteur, Yann, et d’une famille avec deux enfants – en expédition pour une journée de canyoning. Il y a le postulat de départ… et tout de ce que l’auteure réussit à – subtilement, sans en avoir l’air – intégrer au récit ; tout ce qu’elle réussit à faire passer par celui-ci.

En silence  n’est pas une bande dessinée bavarde, la part belle est laissée aux sensations ; celles des personnages, et principalement celles de Juliette, mais celles du lecteur également. Si l’auteure raconte bien l’expédition du petit groupe, elle raconte – à travers celle-ci – bien plus qu’une aventure plutôt physique. En pleine nature, en silence, Juliette réfléchit à sa relation ; elle se laisse porter par le courant, par les événements, et, ce faisant, elle laisse son esprit vagabonder, elle se met à l’écoute de ses sensations, de ses émotions.

Si les métaphores sont nombreuses – et les interprétations multiples -, Audrey Spiry réussit à mettre en scène l’intime sans jamais trop en montrer, trop en dire ; sans jamais provoquer une quelconque impression de lourdeur. Une bande dessinée aussi surprenante que touchante. Un nom à bien retenir.

 

En silence

D’Audrey Spiry

Chez KSTR

Du bon grand n’importe quoi !

 

 

A l’origine de cet album, la crainte d’un réformé de voir son imposture découverte ; une crainte subsistante malgré les années qui passent.

Il fallait bien un réformé de génie pour en tirer cette réjouissante – et totalement barrée – bande dessinée. Comme il en a l’habitude, Michel Gondry a vite fait de nous embarquer dans sa folle imagination.

Dans le monde que le créateur touche-à-tout crée pour l’occasion, Johny Hallyday est président. Quatre potes – ayant échappé au service militaire grâce à des combines plus ou moins bien trouvées – se retrouvent enrôlés dans l’armée avec un retard… de 25 ans. Qu’importe que l’un d’eux soit mort 15 ans plus tôt : tous les quatre convoqués, tous les quatre embarqués dans l’aventure. L’idée du pouvoir en place ? Former une armée avec tous les réformés – l’armée officielle étant engagée à l’étranger -, de façon à protéger l’Ile-de-France de l’invasion de « magnifiques communistes, sexy et musclées » répondant toute au nom d’Isabelle (50 % shy, 50 % mean, 100 % ISA). Pour l’occasion, pour diriger la troupe, le général Bichard reprend même du service. Mais les femmes – assez rapidement – arrivent à leur fin et prennent le pouvoir en Ile-de-France, imposant alors leurs règles. Deux options s’offrent aux hommes vaincus : croupir en prison ou bien épouser une ISA et bâtir une maison pour sa nouvelle famille. Sans grande surprise, c’est la deuxième solution qui se trouve privilégiée par les hommes, d’autant plus que celle-ci s’accompagne de paiements en nature (qui finiront par disparaître… désolée messieurs). Les enfants ? Tous en école de bande dessinée…

Le dessin n’est certes pas l’atout premier de cet album dont il se dégage tout de même une petite impression de « vite fait », de « récré »,  mais On a perdu la guerre, mais pas la bataille  n’en reste pas moins une bande dessinée – foutraque  – qui se lit d’une traite. Du bon grand n’importe quoi.

 

On a perdu la guerre, mais pas la bataille

De Michel Gondry

Chez Cambourakis

Une semaine sur Europe 1

Une semaine d’expertise experte toute en mémos !

Mardi : Le défi des femmes au travail (c’est pas gagné ! Ah le syndrome de la bonne élève !)

Mercredi : Tout ce que les femmes veulent savoir sur le sexe…

Jeudi : Les vertus de l’aromathérapie !

Vendredi : Les secrets pour bien réussir ses repas de fête !

Quand Bonneval nous parle de Bonneval… C’était sur Radio Campus Paris (93.9 FM)

Jeudi 21 juin, dans Livres et vous, une bien agréable parenthèse s’est ouverte, le temps d’une rencontre avec Gwen de Bonneval pour son – à la fois historique et très personnel – Bonneval Pacha !

 

 

Pour écouter l’interview, c’est par ici :

 

Bonneval Pacha

De Gwen de Bonneval et Hugues Micol

Chez Dargaud

Un Black Out… en demi-teinte

 

Black out. Un premier album qui laisse une impression mitigée  : s’il ne convainc pas totalement, l’envie est tout de même celle de suivre son auteur.

Jérôme Lerpinière réussit en effet à imprimer sa marque, notamment en matière de dessin ; atypique, donc forcément marquant. Un dessin qui peut cependant aussi en rebuter certains ; ces « certains » dont je dois avouer – personnellement – faire partie.

Et pourtant l’histoire tient la route. Sans forcément être le « polar capiteux » que l’éditeur annonce, Black Out a pour lui son dynamisme, le sens de la mise en scène de son auteur.  Il y est question de meurtre, de soumission, d’influence, de crainte… tout pour tenir en haleine le lecteur. « Tout pour », mais est-ce suffisant ? Oui, si l’on se dit que l’on a envie de connaitre la fin. Non, si l’on reste un peu sur sa faim.

Un auteur à suivre…

 

Black Out

De Jérôme Lerpinière

Chez Sarbacane

En même temps que la jeunesse…

 

Session de rattrapage !

 

 

Comme on parle beaucoup de foot en ce moment, Euro oblige, je vous parle moi de rugby (la fille qui a tout compris).

Sorti il y a un petit moment déjà, En même temps que la jeunesse mérite bien une session de rattrapage.

Cette bande dessinée, c’est celle d’un passionné ; celle d’un adulte qui regarde – avec une certaine mélancolie – dans le rétroviseur, quand il était – plutôt par défaut il faut le dire – joueur de rugby. Ici, il n’est pas question de donner à voir, à lire, « ce qu’est » le rugby ; il n’est pas non plus question d’idéaliser ce sport. A travers plusieurs histoires courtes, qui sont autant de touchants instantanés de vie, Jean Harambat partage ses souvenirs. On y retrouve les tactiques utilisées sur le terrain, les pays visités avec son équipe et – plus important que tout sans doute – les personnes rencontrées grâce à la pratique de ce sport. Si le trait peut parfois paraître hésitant, la spontanéité, la tendresse et la sincérité qui se dégagent de cet album mérite, adepte de rugby ou non, qu’on se plonge dans sa lecture.

 

En même temps que la jeunesse

De Jean Harambat

Chez Actes Sud