Sur les passionnants pas de Capa

 

 

Tristes cendres transporte le lecteur en pleine guerre civile espagnole, sur les pas d’un photographe alors méconnu : Robert Capa. L’auteur mélange les temporalités et les lieux, le dessinateur, s’affranchissant de nombreux codes, propose un graphisme – à base de noir, blanc et bleu – audacieux. La confusion n’est jamais loin (en cela, le texte de Françoise Denoyelle, historienne de la photographie, proposé en introduction est bien appréciable) et pourtant, le lecteur se laisse séduire.

Un livre riche et complexe ; singulier et instructif.

 

Tristes cendres

De Mikel Begoña et Iñaket

Chez Cambourakis

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Un détour par le Maroc ?

 

Certes, pour beaucoup, juillet est synonyme de vacances. Certes, Soraïa parle du Maroc contemporain. Mais non, ce n’est pas un Maroc de carte postale qui y est présenté. Loin de là.

 

 

Après La Route du Kif, reportage BD paru dans la revue XXI, c’est par le biais de la fiction que Renaud de Heyn choisit d’interpeler le lecteur. Si le graphisme peut, au départ, en désorienter – voire en rebuter – certains, ce que raconte Soraïa mérite que l’on s’accroche. Rapidement, le côté un peu sale, parfois brouillon, du dessin apparaît comme évident. Il est brut, comme l’est le récit. Ici, les réalités décrites se suffisent à elles-mêmes, ce qui permet à la fiction de prendre valeur de témoignage.

Il y a une sœur et un frère ; enfants d’une famille pauvre du Rif. Il y Soraïa, vendue à une famille bourgeoise de Tétouan. Et il y a son frère, Mehdi, décidé à la retrouver.

Deux parcours marqués par la violence. Chez ces « bons musulmans » qui devaient – officiellement – prendre soin d’elle, Soraïa devient une véritable esclave, ménagère pour la mère, sexuelle pour le père. Quant à Mehdi, il croise, lors de son – éprouvant – parcours, policiers corrompus, trafiquants, passeurs et autres extrémistes religieux.

Violent, oppressant, cet album se révèle malheureusement instructif. Volontairement noir, il alarme et marque.

 

Soraïa

De Renaud De Heyn

Chez Casterman

Un Pinocchio bien irrévérencieux

 

 

C’est un Pinocchio adulte que nous invite à rencontrer Lucas Varela, un Pinocchio dont le nez ne rétrécit jamais. Menteur, mais aussi égoïste, lâche, cruel, jouisseur, cynique… ce personnage, odieux à bien des égards, se révèle finalement étrangement attachant, et c’est sans peine qu’il entraine le lecteur dans ses aventures ; des aventures qui le conduisent très souvent en Enfer.

Totalement « barrées », volontiers « débiles », les histoires courtes qui le mettent ici en scène sont l’occasion de croiser des figures bien connues. Qui aurait pu imaginer Pinocchio à l’origine de l’attaque du petit chaperon rouge par le grand méchant loup ? La raison ? Tout simplement ne pas vouloir faire face à ses responsabilités, lui qui, pour coucher avec la jeune fille s’est vu lui promettre mariage et amour éternel. Obsédé qu’il est, pourquoi donc l’avoir chargé de monter la garde devant l’alcôve de la belle au bois dormant ? Et que penser de son « coup de pouce » donné à l’humanité ?

Un album déjanté ; irrévérencieux et cynique au possible. Réjouissant.

 

Paolo Pinocchio

De Lucas Varela

Chez Tanibis

Demain, demain… Et maintenant ?

 

« Le bidonville de la Garenne, dit la Folie, le plus vaste – 21 hectares – et le plus insalubre des bidonvilles de Nanterre (…) En 1962, environ mille cinq cent ouvriers « célibataires » et quelques trois cents familles y habitaient, sans électricité et sans eau courante. Pour tous, il n’y avait qu’une seule fontaine et qu’une seule adresse administrative : le 127, rue de la Garenne. »

 

 

Kader fait partie de cette main d’œuvre bon marché ayant rejoint la France pour contribuer à sa reconstruction ; pour contribuer au « miracle » des Trente Glorieuses.

Quand sa femme, Soraya, le rejoint, avec leurs deux enfants, elle découvre une réalité bien éloignée de son fantasme ; bien différente de la vie qu’en Algérie on imagine alors être celle en France. « Où sont les immeubles en or ? », demande le petit Ali.

Entre documentaire et fiction, Laurent Maffre, avec Demain, demain, offre ainsi à découvrir le quotidien  – entre 1962 et 1966 – de cette famille algérienne – et de ceux qui l’entourent – dans le bidonville de la « Folie ».

Très documenté, ce récit est celui d’un observateur attentif ; un observateur qui sait ici garder la distance nécessaire à rendre son récit objectivement passionnant. Malgré la dureté de la réalité, la sensibilité évidente de l’auteur, une certaine neutralité est de mise ; pas de pathos, pas de superflu. S’il semble que l’auteur aurait pu gagner en puissance à parfois s’affranchir de certains codes comme celui des cases, la forme est bien là pour servir le fond. Le dessin en noir et blanc regorge de détail ; le trait fin et précis apporte une agréable touche de douceur.

Un album riche et touchant qui amène à – continuer de – s’interroger sur la notion d’humanité.

 

Demain, demain

De Laurent Maffre

Chez Actes Sud bd

Magique David B.

 

 

Dans Les incidents de la nuit, David B. se met en scène. Explorateur – ici au sens propre – de ses rêves, connaissances, interrogations et fantasmes, il n’exclut jamais le lecteur. Il l’envoute même, l’entrainant à ses côtés de librairie en librairie, de récit en récit, sur les traces d’un bien mystérieux personnage : Emile Travers,  un « bonapartiste fanatique poursuivant un but occulte, le retour de Napoléon 1er sur le trône et la conquête du monde »,  fondateur d’un intriguant journal proposant « des articles à caractère fantastique ou ésotérique en les présentant comme authentiques ». Un journal ayant pour nom : Les incidents de la nuit.

Au sein de ce « conte » très rythmé, l’auteur réussit à mêler – avec fluidité – rêve, réalité, Histoire, littérature, mythes… Une bande dessinée d’une richesse folle à (re)découvrir d’urgence. Tout simplement Magique.

 

Les incidents de la nuit

De David B.

Chez l’Association

A la découverte d’Egon Schiele

 

 

Au départ, l’envie de vous faire part de la vie – découverte grâce à cette bande dessinée – d’Egon Schiele ; l’envie de vous décrire – presque dans le détail – tout ce qu’il y a à découvrir de sa relation avec Gustav Klimt, de sa personnalité complexe et torturée, de sa relation aux femmes, de sa courte existence…

Et puis finalement non, pourquoi vous gâcher le plaisir de la découverte ?

Et ici, la découverte est double. Il y celle d’un peintre autrichien finalement assez méconnu ; un peintre que l’album donne – et c’est une force – envie de mieux connaître. Et puis, il y a la découverte d’un nouveau talent de la bande dessinée ; dans le récit et – peut-être surtout – dans le trait, la maitrise est là. Le charme opère. A découvrir, à suivre… Bref : à ne pas manquer.

 

Et pour en savoir plus sur Xavier Coste, écoutez-le sur Expressbd.fr, un très bon site à découvrir si ce n’est pas déjà fait !

 

Egon Schiele

De Xavier Coste

Chez Casterman